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- Par Kikoo-lol - Edition du : 25 August 2005 - Créé le : 22 August 2005
Créé le : 31/3/2003
Edition du : 15/4/2003
Auteur : Galan_Dracos

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CHAPITRE 1:  Flammes et tempête.

 

Lumière.

Obscurité.

Un éclair descendit du ciel, tel une flèche éblouissante, zébrant le ciel noir comme la suie. Sur le flanc de la montagne battue par la grêle, les arbres ployaient sans se briser, ultime et dérisoire résistance face  à l'orage qui harcelait les Monts Rouges depuis deux jours déjà. Portés par un ouragan glacial, venu du fin fond de Northrend, les nuages chargés d'eau et de glace déversaient leur trop-plein de rage sans se soucier des misérables créatures qui avaient - par malchance - choisi cette montagne entre toutes pour en faire leur lieu de vie.

Dans une anfractuosité, une petite créature, boule de poils terrorisée, se pelotonnait désespérément contre un rocher. De longues traînées d'eau, que l'on eu pu prendre pour des larmes, coulaient le long de sa tête de chien, et ses yeux trahissaient la plus profonde des terreurs. Dans ses petites pattes griffues, il serrait une arbalète minuscule, mais qui semblait parfaitement convenir au Gnoll - car c'en était un - de moins d'un mètre de haut.

Mais ce n'était pas le déchaînement des éléments qui terrifiait à ce point le petit être. La peur qui avait étendu son empire sur son esprit était de celles que l'on n'oublie jamais.

La misérable bête avait été chargée par le chef de son clan - titre ronflant pour un individu dont la seule prérogative au commandement était une force physique supérieure à la moyenne - d'espionner les étrangers qui avaient établi un camp au bas de la montagne. Arrivé près des premiers contreforts des Monts Rouges, il avait été surpris par l'apparence physique des monstres qui y demeuraient désormais: ils étaient immenses, deux fois plus grands que les plus grands Gnolls, et leur peau dépourvue de poils était d'un vert malsain; leurs crocs étaient acérés, leurs doigts garnis de griffes cruelles, et ils portaient à la mains d'étranges objets façonnés dans une matière qu'il ne connaissait point. Il aurait d'ailleurs été bien en peine de reconnaître l'acier, lui qui ne connaissait que la pierre et le bois.

Celui qui semblait commander aux peauxvertes, comme il avait décider de les appeler, était vêtu d'une peau de loup, et brandissait un morceau de bois garni à son extrémité d'un crâne étrange. Brandissant ce bâton, il s'était approché du feu qui rugissait au centre du camp, tandis que tous ses compagnons l'entouraient. Le feu... Nouvelle source de frayeur pour le faible esprit du Gnoll, qui ne connaissait de la "chaleur jaune" que les arbres foudroyés après la tempête. Le sorcier avait alors jeté dans les flammes un peu de poudre et avait parlé dans une voix gutturale dont les intonations même étaient effrayantes. Au paroxysme de cette incantation, deux peauxvertes étaient sortis du cercle en en traînant un troisième, qui hurlait dans cette même langue, et lui avaient tranché la tête, laissant son sang se répandre dans la fournaise ardente.

Alors de cette géhenne, pire que tous les éclairs qui déchiraient les ombres, était montée une voix indescriptible par son horreur, qui répondait au sorcier, et c'était cette voix qui faisait encore trembler l'être poilu, deux jours après sa fuite loin du camp orc...

 

 

CHAPITRE 2: Les Portes de Lordaeron

 

Kardan soupira. Cloîtré dans la petite pièce du casernement qui lui était attribuée, il regardait les nuages gris qui s'effilochaient dans la nuit. La morosité de l'automne pluvieux le gagnait lentement, et la mélancolie consécutive à la dernière guerre se ressentait dans chaque recoin du Poste Frontière Sud. La victoire de l'Alliance dans les lointaines terres de Kalimdor, quinze ans auparavant, avait eu pour conséquence la fuite du Fléau mort-vivant dans les lointaines terres glaciales du continent de Northrend, totalement désert. Lors du conflit, le nombre de chevaliers de Lordaeron avait cru de façon impressionnante, mais ces mêmes chevaliers étaient à présent dépourvus d'utilité. Des "missions" pastiches expédiaient les plus désœuvrés dans les terres de Khaz Modan, le royaume des nains. Comme si les nains avaient besoin des humains pour survivre! Il lâcha un juron. Les guerriers d’Ironforge avaient pris la décision de quitter l'Alliance, voyant que leurs puissants alliés n'avaient su repousser l'aberration qu'était le Fléau. La mort de Magni Bronzebeard, et l'accession au pouvoir de son cousin Nimloth avaient accentué cette sécession, et les chevaliers qui veillaient le long des côtes de Khaz Modan contre un hypothétique retour des morts-vivants étaient accueillis avec circonspection, voire défiance.

Kardan s'assit sur son lit, ressassant ces noires pensées. Tout n'est à présent que besoin, pensait-il; besoin d'action pour les chevaliers, de nourriture pour les paysans, d'équilibre politique pour Lordaeron. Le pays était presque encore sous loi martiale, et les querelles de succession faisaient rage. Oh, bien sûr, Jaina Proudmoore, Maîtresse du Kirin Tor, avait installé sur le Trône Blanc un roi avisé, Argon Premier, mais de fort sympathiques parents avaient échafaudés des attentats contre sa personne, pitoyables certes, mais qui faisaient partout planer doute et suspicion.

Un courant d'air le fit se retourner vers la lourde porte en bois qui fermait sa chambre. La poignée tourna lentement, et dans l'encadrement de la porte apparut un visage familier. L'homme qui lui faisait à présent face était plus vieux que lui, plus grand, aussi. Son visage large et souriant était ponctué de deux yeux rieurs, son corps trapu laissait imaginer sa grande puissance physique. Il s'approcha de Kardan, et les deux amis se serrèrent dans les bras.

"-Kardan.

-Alron."

Bref salut, pour deux hommes qui ne s'étaient pas vus depuis bientôt neuf mois - date à laquelle Alron était parti en mission, sur la côte nord de Khaz Modan.

"-Tu as maigri, Alron", fit Kardan. Ce dernier parti d'un rire sans joie.

"-Je n'ai jamais apprécié la nourriture des nains, et cette fois moins que tout autre.

-Comment était le Modan?

-Froid. Humide. Ennuyeux. Ce doit être l'endroit le plus triste de la terre.

-Les nains ont pourtant une réputation établie de fêtards!

-Tu es naïf, mon pauvre Kardan. Les nains sont des guerriers, et leur humeur est celle de la bataille. Lorsque la guerre fait rage, leur sang devient rouge, celui de leurs ennemis coule à flots, ils deviennent d'ardentes flammes, et ce sont alors les plus joyeux compagnons d'arme qu'il m'est jamais été donné de rencontrer. Mais lorsque leur regard se pose sur les froides montagnes du sud de Lordaeron, ils se transforment en pierre gris et terne, et bienheureux celui qui peut leur arracher alors le moindre sourire!

-Tu en as donc profité pour faire tes dévotions à longueur de journée..." fit son ami malicieusement, connaissant déjà la réponse.

"-Je ne suis pas paladin, mon petit, et je ne compte pas le devenir de sitôt. Tu me connais assez bien pour

savoir que la seule religion à laquelle je crois, c'est CA." répondit Alron en indiquant le pommeau de sa lourde Flamberge, symbole de son grade de Chevalier à Pennon court. Kardan, pour sa part, n'était que Banneret.

Ils passèrent le reste de la nuit à échanger de vieux souvenirs. Lorsque l'aurore rosit l'horizon, Kardan posa enfin la question qui le tourmentait:

"-Ne le prend pas mal mais...tu étais censé resté un an dans les terres des nains?

-Onze mois, Kardan. Le dernier devait être consacré au voyage. Mesure inutile si tu veux mon avis: Khaz Modan n’est qu’à trois semaines à cheval de Stratholme, même si cette durée peut être doublée…selon la force du vent et de cette putain de grêle ! »Un rire sonore ponctua ces paroles

« -Comment se fait-il alors que tu sois déjà de retour? Si je ne m'abuse, tu n'as passé que sept mois dans le sud.

-Ah...j'attendais cette question. Et bien, vois-tu, les premiers mois étaient d'un ennui mortel. Même le voyage était abominable; je n'ai jamais aimé la pluie ni le vent, et la compagnie d'un vieux nain qui passe ses journées à méditer dans sa caverne n'est pas des plus exaltantes. Cependant, il y a trois mois environ, il s'est déroulé dans tout Khaz Modan des événements étranges...

 

CHAPITRE 3: Des ombres dans la clarté lunaire.

 

La nuit était tombée depuis trois heures environ sur le pic de Stonetalon, mais des torches brûlaient encore dans la forteresse orc qui dominait le pic de sa massive silhouette, et une détestable odeur de poix empuantissait les ténébreuses ruelles de la ville enserrée par les murailles aux sommets de fer. Ici et là, des gardes patrouillaient, armés de grandes hallebardes, et sur leurs visages se lisaient une vie faite de guerres et de blessures: c'était ces mêmes gardes ou leurs pères qui, quinze ans auparavant, avaient arrachés le sommet du pic aux humains qui s'y étaient établis. Depuis, malgré l'alliance précaire instaurée entre les deux races, les orcs de Kalimdor n'avaient plus approchés les villes humaines du bas de la montagne. Quand aux elfes, ils n'avaient jamais réellement pardonné aux orcs l'intrusion des guerriers du clan Warsong dans leurs forêts, et les plus acharnés sortaient parfois d'Ashenvale pour semer la mort dans les villages orcs non protégés par les wyvernes de Stonetalon.

Dans la pénombre, une silhouette noire se faufilait entre les maisons; l'orc qui se dissimulait ainsi était Ghanâk, seigneur de la ville et descendant des combattants disparus du clan Bleeding Hollow. Un sourire mauvais dévoilait ses dents carnassières, et il réprima un hoquet de joie lorsqu'il aperçut une autre ombre qui, lui tournant le dos, faisant une cible facile pour sa hache. Sa main, qui se contractait déjà pour le lancer, se relâcha brusquement, tandis que les rouages de son cerveau tournaient à toute vitesse. L'orc qu'il s'apprêtait à assassiner n'était autre que le principal homme de main, l'âme damnée du chef orc Darenoz des Barrens, qui revendiquait l'héritage du clan Stormreaver. Son clan et celui de Stonetalon étaient en guerre ouverte, et ce n'était depuis des mois qu'expéditions, razzias et massacres; pour le moment, les orcs du pic dominaient le conflit grâce à leurs wyvernes, mais cette lutte d'influences ne pouvait se permettre de durer trop longtemps: Stonetalon devait accueillir prochainement la grande conférence des clans orcs, décidée par le seigneur des clans Thrall Durotanson, et c'était sans doute la raison pour laquelle Darenoz avait envoyé son larbin, Aldarot, espionner le clan haï.

Ghanâk étouffa un ricanement. Aldarot repéré la veille, il avait eu tout le temps de fomenter son plan. La mort de l’espion, connu pour sa ruse et son dévouement aux idéaux les plus obscurs de Darenoz, devait être spectaculaire, pour forcer son maître à effectuer un faux pas; si l'homme de main était retrouvé noyé dans un puit comme celui situé à quelques mètres, les mains et les pieds coupés, le trouble qui s'ensuivrait permettrait de dissimuler la guérilla à Thrall, qui réprimait sévèrement les querelles entre les différentes factions de la Horde. Le chef orc riait intérieurement; la politique des orcs était certes un peu rude, mais tout aussi retorse que celle des humains, qui, ayant persisté à considérer leurs voisins à peau verte comme des demeurés lors des traités d'après guerre, s'étaient vus amputer par des clauses sujettes à controverse de la position géostratégique qui dominait les Barrens: le pic de Stonetalon.

"Halte là!".

Et zut. Un garde plus vigilant que les autres avait repéré son petit manège, et l'éclat de sa voix avertit Aldarot que le moment de s'éclipser était venu. Ghanâk  poussa un juron de dépit en voyant sa proie lui échapper. En se retournant, il vit la stupéfaction succéder à la sévérité sur le visage du garde, un vétéran couturé de cicatrices.

"-Chef?

-Baisse ta lance, soldat. Je ne suis pas un de ces malfaiteurs que tu es censé appréhender", fit Ghanâk d'un ton neutre.

"-Pardonnez-moi, chef. Les rues ne sont pas sûres en ce moment, des agitateurs se livrent à de drôles de pratiques à la nuit tombée, et répandent des idées néfastes dans la population.

-Néfastes, dis-tu?

-L'alliance avec les humains est loin de susciter l'unanimité, chef, et de nombreux anciens combattants - ceux qui autrefois affrontaient les humains - prônent un retour en Azeroth, pour reprendre la lutte contre les ennemis de l'ancien temps.

-Ils ne voudraient pas non plus s'allier au Blackrocks et émigrer sur Draenor, tant qu'ils y sont? La nation orque a besoin de stabilité, sans quoi les guerres de clans stériles  comme celle qui nous oppose à Darenoz se multiplieront.

-Justement, chef...on murmure que Darenoz serait lié à ces troubles, ce qui n'est pas une hyp...aaaargggggggh !"

Ghanâk regarda avec stupeur la longue lance qui saillait de la gorge du garde. Au loin, des lueurs d'incendie apparurent, et les premiers cris retentirent:

"Aux armes!" "Une attaque!" et aussi, plus terrible encore, "Les wyvernes nous attaquent!".

Le chef orc reprit rapidement ses esprits et, dégainant une lourde hache, se rua vers les casernements pour donner ses ordres. L'incendie ne pouvait être le fait des wyvernes, c'était donc bien à un assaut que la forteresse avait affaire. Darenoz? Il n'en savait rien, mais la cité ne devait pas tomber. Voyant que les soldats couraient en tous sens, il hurla:

"Aux armes, guerriers! La ville est en danger! Que le fer de l'armure vous cuirasse les épaules et l'acier du heaume le crâne! Nous devons défendre notre cité!"

Et avec un grand cri de guerre et de menace, il rallia ses hommes et se précipita vers les lueurs orangées de l'incendie.

 

CHAPITRE 4: Troubles.

 

"-Kardan! Mais enfin, laisse-moi t'expliquer! Je ne pouvais pas deviner que...

-...tu m'apportais une nouvelle de première importance? Tu as cinq ans de plus que moi, mais tu te conduit comme un enfant, Alron!".

Les deux chevaliers foulaient à grands pas le sol du Couloir des Tempêtes qui menait aux appartements du commandant du Poste Nord. Les sourcils froncés, Kardan grommelait dans sa barbe inexistante, tandis qu'Alron le suivait avec peine.

"-Mais tu vois bien que nous n'avons pas perdu trop de temps! Et puis tu ne sais pas tout...

-Je sais simplement qu'il n'y a que toi pour quitter en  trombe Khaz Modan et perdre toute une nuit à me rappeler des souvenirs d'enfance! Bon sang, Alron, le monde vacillerait sur ses bases que tu ne penserais qu'à ta prochaine farce!

-Au moins, je mourrais joyeux, compagnon à la triste figure...". Ledit compagnon, dédaignant tout regard aux magnifiques sculptures de pierre grise et de fer des la galerie pavée de gris, fit alors savoir en termes ne manquant pas de pertinence son opinion générale sur la face du monde tel qu’il se présentait alors, attachant un soin tout particulier à invectiver son compagnon sur un large panel de défauts qui concernaient tant sa généalogie que ses facultés de réflexions, qui en sortirent grandement amoindries.

Cet échange de gracieusetés fut interrompus par l'arrivée inopinée d'un garde qui surveillait la porte des quartiers des officiers:

"-Laissez-nous passer, nous devons parler au commandant", soupira Kardan.

"-Le commandant étudie des cartes", fit l'autre avec humeur, "et ne veut pas être dérangé".

Le jeune chevalier en aurait pleuré.

"-Dit-lui que c'est une affaire urgente, qui ne saurait souffrir le moindre délai.

-Y veut pas être dérangé", répéta le garde, qui, commençant à se sentir mal à l'aise, se dandinait d'un pied sur l'autre.

"-Mais...

-Laisse-moi faire, Kardan". Alron s'avança vers l'importun et, le fixant dans le blanc des yeux, lui dit d'une voix de miel:

"-Vous faites bien votre travail, mon cher, mais...quel est votre grade? Vous ne portez pas d'uniformes.

-Je suis capitaine, sire chevalier", se rengorgea son interlocuteur.

"-Bien, bien, lieutenant, mais malgré votre irréprochable travail, je me vois obligé de vous demander d'aller surveiller la poterne nord.

-Sauf votre respect, sire chevalier, je suis capitaine et...

-Je ne l'oublie pas, sergent, mais une certaine poterne vous attend...à moins q'un simple soldat sois suffisant pour la garder?"

L'ex-capitaine détala sans demander son reste. Alron se tourna vers son ami, souriant jusqu'aux oreilles.

"-Et voilà; ce n'est pas plus difficile."

Et ils entrèrent.

Le commandant était assis à son bureau, ses cheveux blancs et son visage émacié offrant un éclatant contraste avec la jeunesse et la blondeur de Kardan...même si les muscles du vieil homme ressemblaient encore à des tiges d'airain.

"-Alron? Mais que faites-vous ici? Vous deviez rester en Khaz Modan durant une année ent...

-Excusez-nous, seigneur, mais Alron est revenu cette nuit et doit vous faire part d'un fait inquiétant.

Cette nuit?" fit aigrement Danlegh, car tel était le nom."-Jusqu'à preuve du contraire, le matin est déjà à nos portes, messieurs. Puis-je m'enquérir des raisons de ce retard?

-Et bien, Seigneur...

-Laisse, Alron. Monseigneur, je suis conscient de notre faute et je vous prie de la pardonner; mais des affaires bien plus urgentes réclament votre attention.

-Quelles sont ces affaires qui attendent une nuit entière pour venir déranger un vieil homme las?

-Raconte-lui, Alron. Tout ce que tu m'as dit.

-Par où commencer? Bon, allons-y. Il y a de cela trois mois, alors que je méditais sur mon sort de chevalier qui m'avait forcé à passer une année entière, complète et totale dans ce foutu Modan...

-Abrège, compagnon à la triste figure.

-Si tu insistes, je vais faire bref.

-Miracle...

-Ca suffit, vous deux!" les tança vertement le commandant."-Alron, dis ce que tu as à dire et finissons-en.

-Et bien, voilà: les ogres ont quitté Khaz Modan.

-QUOI?

-Dans tout le Modan, les ogres se sont rassemblés par tribu, et ont migré vers le sud.

-Azeroth... ». Terre de landes et de marais spongieux, terre de blizzard en hiver et d’incendie en été, terre enfin des orcs qui avaient rejeté l’alliance de Thrall.

« -En effet; le plus étrange est que ces êtres sauvages n'ont pas même tenté de piller ou de détruire, non, ils se sont juste...déplacés.

-Juste? Les êtres les plus sauvages et sans doute les plus dangereux du sud de notre si cher royaume filent vers les Blackrocks comme s'ils avaient le feu au fesses et tu me sors un "juste"?" écuma Danlegh."Bah...les seigneurs nains étaient contents, et le Roi Liche n'a pas pointé son nez, estimons-nous heureux.

-Seras-tu heureux si je t'apprends que tu vas partir pour une longue, longue excursion en compagnie de Kardan?

-Pitié, non...

-Moi je ne peux...

-SILENCE, vous deux! Vous partez à midi pour Khaz Modan, et vous poursuivez jusqu'à Azeroth, vous fouillez au nord, au sud, au diable, et vous pouvez même pousser jusqu'à Kalimdor si le cœur vous en dit, mais je compte sur vos intellects étriqués et sur vos muscles…hem…dangereusement flanchants afin de m’apprendre  le pourquoi du comment de cette...migration, et...", il se pencha vers eux et, avec un regard inquiet, termina,"...dites-moi ce que les Blackrocks ont à voir là-dedans.

 

CHAPITRE 5: Ombre sur le Modan

 

Alors que l'ombre grise de pluie qui caractérisait les sombres plaines de Khaz Modan s'étendait vers l'ouest, comme une chape de métal, quatre êtres avançaient, écrasés par l'immensité des Monts Rouges. Aucun ne parlait, mais Kardan regardait défiler, par-delà ses paupières à moitié closes, les événements des deux dernières semaines: l'annonce par Danlegh que les chevaliers se verraient accompagnés d'un apprenti, le jeune Valkut, qui leur vouait une admiration sans bornes doublée d'une solide amitié; la conversation entre le Commandant et une jeune sorcière, émissaire du Kirin Tor, à laquelle Alron et son ami avaient été conviés. Chaque mot restait imprimé dans la mémoire de Kardan:

"-Madame, j'admet volontiers que de puissants courants magiques parcourent le Modan, mais cette expédition ne regarde que la couronne de Lordaeron.

-Vous n'êtes pas un sceptique? Tant mieux, cela ira plus vite ainsi.

-Madame...!

-D'abord, je ne suis pas mariée, dois-je vous rappeler que j'occupe le rang de mage d'ordre supérieur, qui impose le célibat? Ensuite, les flux magiques qui circulent entre Khaz Modan et Azeroth ont réussi à troubler les émanations qui se dégagent encore de l'Arbre-Monde, et en conséquence...

-...je vous prie, mademoiselle, de ne pas me prendre pour un imbécile. J'ai étudié les arts magiques, et je sais qu'aucune émanation de magie ne persiste plus de sept ans, voire huit, mais qu’aucune n’a une persistance de quinze ans, comme vous l'affirmez.

-Et moi je vous prie, Seigneur, de ne pas m'interrompre. Les troubles issus de la déflagration d'il y a quinze ans persisteront sans doute un quart de siècle encore. Mais ce n'est pas là le plus important: il a été prouvé que ces flux proviennent en grande partie du continent Nord, et Sa Majesté Argon a laissé carte blanche au Kirin Tor pour surveiller tous les événements liés, de près ou de loin, à Northrend et au Roi Liche.

-Vous n'avez pas la moindre preuve que ces événements sont liés au Roi Liche", rétorqua Danlegh.

"-Exact. Mais je n'ai aucune preuve du contraire", fit la jeune femme avec un petit ton cinglant, qui contrastait avec sa petite taille et son visage doux en apparence."-Par conséquent, en ma qualité d'envoyée de Dame Jaina du Kirin Tor, j'exige l'autorisation d'accompagner les chevaliers qui mèneront cette mission à bien...je l'espère.".

Et depuis deux semaines, Kardan et ses amis voyageaient en compagnie de cette irascible jeune sorcière, qui non contente de chevaucher à dix mètres d'eux ne desserrait les dents que pour laisser tomber d'acides commentaires sur la qualité de la nourriture ou de la conversation, ce qui avait don d'exaspérer Alron au plus haut point.

Et puis il y avait eu ce village, où les cavaliers avaient découvert des corps affreusement mutilés, démembrés avec une sauvagerie qui ne laissait aucun doute sur l'identité des assassins: les orcs Blackrocks. Les seigneurs nains ne protégeaient plus le sud de Khaz  Modan, et les quelques villages humains qui s'étaient établis avaient été ravagés. Jamais les orcs d'Azeroth n'étaient montés si loin au nord, mais il y avait plus grave: des traces d'ogres avaient été repérées, et bien qu'elle ait tenté de le dissimuler, Lysia - la sorcière - avait été profondément troublée par la possibilité d'alliance entre les ogres et les Blackrocks. Ils s'étaient contentés d'enterrer les victimes et de prier un peu, puis avaient poursuivi leur marche vers le sud, entrant dans les territoires d'Azeroth, où se terraient les responsables de ces méfaits.

"-Kardan!"

La voix d'Alron le tira de sa torpeur.

"-Regarde, Kardan! A l'ouest!".

L'intéressé poussa un retentissant juron: une fumée noire et huileuse s'échappait d'un point situé à quelques kilomètres.

"-Allons voir, Alron.

-Tu crois que ce sont encore ces fils de chienne de Blackrocks?

-Je ne sais pas. Valkut, reste ici avec Dame Lysia.

-Je suis capable de vous accompagner", fit celle-ci."-Mes talents de sorcière pourraient se révéler utiles."

Apres avoir acquiescé de mauvaise grâce, Kardan et ses compagnons foncèrent à bride abattue en direction de ce qui s'avéra être un village calciné, où des cadavres sanglants pourrissaient lentement. Au centre d'un gigantesque charnier, un feu brûlait, tandis que perchés au sommet de ce macabre monticule, une dizaine d'orcs se gorgeaient de chair humaine. Le visage de Valkut se crispa, et sa main se referma convulsivement sur la garde de son épée.

"-Non, Valkut. Attendons.", murmura Kardan.

Ils attendirent en effet, derrière une hutte encore debout, laissant l'atroce festin se poursuivre.

"-Je ne le supporte plus", laissa échapper Alron."-Qu'attendons-nous?

-Si ces orcs sont encore ici, le reste de leur clan ne tardera pas. Je veux connaître les raisons de ce massacre.

-Je pourrais t'en citer trois sans réfléchir.

-Mhh?

-La haine viscérale des orcs contre les humains...

-Qui a conduit plusieurs fois à l'extermination quasi-totale des Blackrocks...

-L'expansion territoriale...

-Sachant bien évidemment que les Blackrocks sont tellement dispersés qu'ils se sont retirés dans le sud d'Azeroth...

-La folie meurtrière...?" risqua Alron.

Kardan réfléchit un instant.

"-Plusieurs fois déjà, les orcs se sont soulevés et ont accomplis des carnages semblables...

-Ah!

-Mais cela n'explique pas la présence des ogres!".

Lysia s'approcha, sans dévoiler leur présence.

"-Je pense que les ogres se sont alliés aux Blackrocks dans un but bien précis", fit-elle, tandis que les chevaliers la regardait avec étonnement: c'était la première fois que des paroles agréables sortaient de sa bouche. "-L'un de nous doit retourner à Lordaeron: cette situation est nouvelle et dangereuse, et nécessitera la présence d'une armée.

-Bien, madame, mais pour le moment nous devons savoir ce que font ces maudits orcs.

-Cela ne posera aucun problème: regardez là-bas...."

Nouveau juron, de Valkut cette fois-ci: un groupe d'orcs puissamment armés avait pénétré dans le village, guidé pas un être aux allures de sorcier.

"-Dieux! C'est un véritable magicien orc! Il doit être capable de nous détecter par magie!

-Que dites-vous, madame?

-Nous devons fuir!

-Non. Nous pourrons partir en cas de danger, mais pour le moment, observons...".

 

 

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